Les aventure d'un demi plan
 
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 l'Ile de la tentation

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Ophrae
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MessageSujet: l'Ile de la tentation   Jeu Mai 28 2009, 15:08

Enlil est assise près de la mare aux lotus dans la forêt qui encercle Géridna, ses mains nouées entourant ses genoux. Elle profite de cet instant de paix pour se ressourcer et tenter de démêler ses impressions multiples.

Depuis son débarquement sur Kernarig, elle se sent influencée... est-ce la terre qu'elle foule, est-ce l'air qu'elle respire ou bien l'eau qu'elle boit? tout y participe probablement... elle tâte machinalement ses cornes, poussées en quelques jours peu après son arrivée... C'est mère qui serait surprise si elle la voyait ainsi. Enlil savait ses origines quelques peu douteuses depuis petite ; mère s'attendant à voir paraitre les protubérances dénotant la filiation de sa progéniture, dans son âge tendre. Mais non, son front était resté lisse jusqu'à maintenant...

Elle s'allonge dans l'herbe luxuriante et, sensibilisée à l'extrême, le nez à ras des fleurs aux lourdes coroles parfumées, elle observe les pistils chargés qui se dressent et ondulent, tentateurs, vers les cieux, appelant d'une voix muette mais obsessionnellement odorante, insectes et oiseaux à la pollinisation. Plus haut, ce sont les libellules accouplées qui se livrent à un ballet aérien un peu heurté, rebondissant parfois à la surface de l'eau dormante, grasse, lourde de fécondations aquatiques, les grappes d'oeufs se balançant mollement sous les feuilles des plantes d'eau, par petits paquets gélatineux. Les bruissements, les clapotements, les croassements bas des batraciens énamourés, tout concourt à composer un fond sonore lascif au plus au point, révélant l'activité fébrilement démesurée des copulations de tout genre.

Enlil soupire et touche son front moite, elle pense à Nadrian, son maître envers qui il est évident maintenant qu'elle voue des sentiments plus que passionnés bien que conflictuels... comment ne pas être affectée? d'ailleurs tous par ici le sont... les bêtes, les gens ne semblent motivés que par la fornication, partout, tout le temps et avec n'importe qui ou quoi... On pourrait penser que l'île toute entière veut ainsi assurer sa survie par une reproduction effrénée et pourtant il y a très peu d'enfants ou de jeunes animaux, alors qu'en penser?

Et s'il n'y avait que ça.... mais c'est comme si l'ile était capable de mettre en évidence votre meilleur comme votre pire...Pour sa part, ses cornes, maintenant dévoilées, affichant au grand jour son ascendance démoniaque, était la partie visible d'un comportement qu'elle ne pouvait réfréner et qui la poussait de plus en plus fréquemment à semer la zizanie et le conflit partout où elle passait, s'en prenant tout particulièrement avec un malin plaisir à Nadrian qu'il était facile d'asticoter dans ses points faibles et de pousser hors de ses limites jusqu'à lui faire perdre tout repère et tout sens de la mesure, instants qu'elle regrettait ensuite amèrement, dans ses moments de lucidité, en sentant tout le danger potentiel... qu'allaient-ils devenir ici? seraient-ils les marionnettes de jeux des sens, cruels et destructeurs?

Enlil soupire encore, les yeux fermés, geint un peu, torturée par un désir inassouvi, elle tord sensuellement son corps dans l'herbe haute...
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Djeje
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MessageSujet: Re: l'Ile de la tentation   Lun Juin 01 2009, 09:23



Le centre ville de Géridna était paisible, comme à son habitude. Pourtant le soleil était proche du zénith, et la ville aurait dû être pleine de bruits et d’activités. Seulement ce n’était pas le cas. Seuls quelques gardes arpentaient les rues, à défauts des ruelles sombres et tièdes, qu’ils semblaient éviter. Quelques passants s’affairaient à diverses courses, mais leur démarche rapide et leur visage baissé vers le sol laissaient penser qu’ils ne souhaitaient pas être mêlés ou interférer avec les affaires des autres. Parfois, le bourdonnement d’un insecte pouvait être audible tellement le calme régnait.

Nadrian avait donc choisi d’élire un banc en face du Palais de Justice comme lieu privilégié pour ses lectures quotidiennes. Le visage plongé dans les pages du traité de géographie de l’île qu’il avait récemment emprunté à la bibliothèque, il lisait lentement sans se préoccuper de ce qui l’entourait. Ses yeux parcouraient rapidement les lignes, donnant à sa lecture un effet surréaliste. Puis il releva subitement la tête l’air contrit, fermant le livre à moitié. Encore une fois, il ne pouvait se remémorer ce qu’il venait de lire. Il soupira profondément et redressa son torse afin de soulager son dos resté trop longtemps courbé.

Il ferma les yeux à demi. Les pensées incessantes qui agitaient son esprit l’empêchaient de se concentrer sur sa lecture. Encore et encore elles venaient le titiller quand il était ainsi seul…

D’abord cette sensation de vide qui l’avait tiraillé en arrivant sur l’île…L’exil, l’humiliation, la perte de tout… Comme une naissance répétée à nouveau, brutale, terrible, traumatisante… Mais pensée évanescente vite chassée par…

Celle d’une nouvelle vie commençant, dans ce cadre apparemment paisible, contrastant tant avec celui de ses origines… Comme un confort s’établissant peu à peu et dans lequel on se plonge par habitude, s’imaginant et se convainquant que la vie pourrait s’écouler comme un long fleuve tranquille, et que rien ni personne ne pourrait venir troubler les calmes mais insipides écoulements…Pensée agréable déployant ses racines au plus profond de l’esprit, initiant le phénomène de symbiose, au point où l’esprit se confond avec cette pensée…Facilité, confort, bonheur…

L’île appelait tout cela en Nadrian… Il en était conscient, et il avait succombé aux tentations que ce petit bout de terre avait dressées autour de lui et, tels des tentacules, le maintenait prisonnier consentant et soumis.
C’est ainsi qu’il pensait les premiers temps dans l’emprise de la pieuvre Kernarig… Et c’est ainsi qu’il avait imaginé et scellé son avenir…Enfin l’avait-il cru plutôt…

Nadrian se frotta les yeux, pour essayer de chasser cette pensée, tant agréable qu’elle avait pu être. Ses traits se déformèrent légèrement alors qu’il tentait de la rejeter, loin, suffisamment loin pour envisager ce qui était l’impossible auparavant, mais le réel d’aujourd’hui… Cette île, cette pieuvre, il devait ne plus simplement l’accepter, ni la combattre… mais rien d’autre que de s’immiscer en elle, de louvoyer, d’onduler, de se laisser porter par elle…Comme une accompagnatrice, et non plus une mère couveuse ou une ennemie…

Accepter de suivre ce courant, donner sa confiance sans restrictions, comprendre pour mieux être compris… autant de défis que cette île lui lançait, tentatrice, laissant souvent augurer le meilleur, mais présentant parfois le pire, alors qu’il s’agitait de crainte, de peur, de souffrance dans des remous dévastateurs. L’apprentissage était long, difficile, nécessitant d’abattre tous les anciens réflexes, et de porter une vue différente sur Kernarig, non plus ce havre de paix, mais la terre de l’évolution, de l’accession à cet essentiel qui faisait tant défaut… Mais il sentait venir à lui ces soupçons légers et à peine perceptibles de compréhension et d’acceptation. Le temps… Le temps, allié tant espéré, mais ennemi si cruel, dualité de souffrance et de joie, s’écoulait si lentement…

Alors qu’il fermait les yeux sur la place déserte, apparut dans son esprit la dernière image, la dernière pensée, celle qui emportait tout, tel un tsunami dévastateur, réduisant en miettes toute volonté, et déracinant toute envie passée. L’image, ou plutôt la silhouette d’une femme… Celle qui d’abord n’avait été que insignifiance, petite étoile perdue au milieu de l’univers de son intérêt, mais qui en quelques phrases, avait déclenché le processus irréversible du changement, celui qui fait de cet astre anodin le centre lumineux du monde, réduisant l’univers à une toile de fond ne pouvant subsister que par l’appui qu’elle trouve sur ce centre…

Enlil… Quel joli nom pour une étoile, pensa-t-il…

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Ophrae
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MessageSujet: Re: l'Ile de la tentation   Lun Juin 08 2009, 17:04

Les grenouilles chantent dans le sous-bois si humide qu'un marais se forme dès l'automne venu. Chantent roucoulent tourterelles vertes aquatiques. les crapauds-buffles mangeurs de lièvres, où elle vit. Mi ré do, les grenouilles et les crapauds. Les bulles dans la nuit liquide, éclatement des bulles de voix, crécelle d'eau qui coule, é-cho, é-cho. Je-suis-le-crapaud, bulle de peau. La nuit tombée noire s'étend comme une mare, coule, de la fenêtre jusque sur le lit, pendant qu'il la couvre ; l'épaisseur douillette au creux du marécage, é-cho, é-cho, il est patient, constant, elle peut compter sur lui, lent, lourd, c'est pour ça qu'elle l'a choisi, tout de suite sachant, qu'elle pouvait compter sur lui, qu'il lui serait évidemment fidèle
Pas comme N. qui était si beau, si folâtre, un papillon, les crapauds mangent les papillons, ailes mâchées deux antennes et trois pattes catastrophées
il secoue la tête, il n'aime pas qu'elle le touche là
ciselé, bosselé, aplati au marteau, cuivre rouge

concentre-toi
efforts lents et patients, si familiers, si doux, crabes dormeurs sous les cailloux, trouvent leur écho au centre de ce qui dort encore

décide-toi, ébranle-toi, quelque chose bat, c'est facile, juste penser, penser au fond, au fond rouge qu'il remue, comme le fond des lacs qui lève en algues et en humus, c'est une question d'habitude, elle le connait par coeur, une question de lenteur, c'est lancé, c'est sûr, les grenouilles coassent ou croassent corneilles accroupies dans la glu des marais, un bond, une ventouse... suçant le fond, aspirant, relâchant... il faut y penser un tout petit peu, il suffit d'y penser, de ne pas s'égarer... ensuite ça vient tout seul... se maintenir à l'intérieur, rester, rester, à l'intérieur... La peau rugueuse de ses épaules, tête de chien tête de phoque sur corps de minotaure, un bâtisseur de maison, une pièce, deux pièces, un couloir et des pièces, labyrinthe connu par coeur, jusqu'au fond, au fond rouge... il est là, c'est lui, touchant ce qu'elle-même ne peut atteindre, au fond rouge, hors d'atteinte... tout le corps devant, un grand visage de corps d'où dépassent deux pieds et le gâteau du ventre... jusqu'à découvrir, par-derrière, par-devant, le dos, le revers, le pli, ce qui ne se voit pas... ce qui devient complet... concentre-toi...

Elle est cette chose plate, écrasée sous lui et creusée par un espace rouge, de plus en plus grand... qui l'englobe... et qui se creuse encore, ça reste, c'est là, dans ce boudoir tendu de rouge, de velours détrempé, qui s'élargit, se rétrécit, un tunnel une artère qui bat, dans laquelle elle se trouve, dans laquelle il se trouve, au centre, exactement au centre... maintenant ils n'en sortiront plus, la roue est lancée, droit devant, un saut, un sas, ils sont tout entiers dans le ROUGE

(M.D.)
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Ophrae
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MessageSujet: Re: l'Ile de la tentation   Jeu Juin 11 2009, 22:28

Pouvait-on dire que Kara Fettiams était une méchante femme ? non... mais une belle femme riche, froide et en passe d'être qualifiée d'aigrie très prochainement, ça oui... Et pourquoi? elle avait de l'argent à ne savoir qu'en faire et constituait ce qu'on appelle une désoeuvrée...son dernier enthousiasme remontait à la nuit des temps et elle parcourait le monde au sens propre comme au figuré en laissant traîner son regard blasé avec un ennui aussi lourd que des paupières ensommeillées... D'extraction modeste, elle avait bataillé pendant des années pour se retrouver au sommet du "gratin", peinant, essuyant des humiliations en serrant les dents, pour finalement épouser un noble plus de la première jeunesse mais qui avait eu le bon goût de lui faire miroiter un héritage plus que conséquent. Le sieur avait nonantes années et un penchant prononcé pour la gaudriole même si l'équipement défaillait visiblement...Qu'il pu la déflorer lors de sa nuit de noce, tint vraiment du prodige et enfin on n'avait rien sans rien comme se disait Kara qui supportait 3 fois par semaine cet accouplement un peu monstrueux de la jeunesse rayonnante flanquée contre la vieillesse décatie , s'absorbant dans la contemplation du plafond tandis que le cher et tendre s'échinait souvent en vain mais à grands coups de "han" tonitruants, à prendre un plaisir évidemment non partagé par sa compagne.
Cela dura quelques années qui parurent des siècles à Kara, le vieux ravigoté par ses ébats tenant fermement en main.... sa vie, à défaut du reste... un matin clément tout de même, il fut retrouvé raide mort - ce fut bien la seule fois - par la servante qui s'occupait des petits soins du sire...

Quand Kara disposa de l'argent de son mari défunt, elle se dit qu'enfin la belle vie allait pouvoir commencer... sauf que la vie en avait décidé autrement, la mâtine ironique... Certes elle vit du pays et des choses merveilleuses mais très vite l'ennui mit sa patte pesante sur elle, certes elle prit des amants jeunes et vigoureux mais de plaisir franc et revigorant, hélas, jamais... la dame sombra dans la morosité, goûta à la débauche sans vraiment y adhérer et décida d'arrêter les frais...

Au bord de la dépression, elle échoua que l'île de Kernarig, un de ces anciens amants lui en ayant vanté les mérites un peu particuliers, de quoi redonner du tonus parait-il aux envies les plus mornes...
Sur le bateau qui l'y amenait, elle fit l'emplette d'un serviteur auprès du capitaine qui lui promis monts et merveilles en échange d'une bourse bien dodue. Accostant au quai elle fit la connaissance de son "achat" en la personne d'un être brun et hirsute , quasiment en haillons, que le capitaine tenait au frais dans sa cale et qu'il débarqua rapidement à coups de pieds dans le fondement.
Le gueux n'était pas vilain sous sa crasse mais manquait de tout ce qui est élémentaire chez tout bon serviteur, c'est à dire de discrétion, de respect et d'une éloquence chiche mais correcte.
Kara, ayant digéré plus ou moins cette nouvelle déception, prit les choses en main -elle était habituée- en l'acquisition d'une demi-douzaine de fouets tous plus insolites les uns que les autres, se promettant d'assener à Khern, c'était son nom à cet escogriffe, les rudiments de la servilité la plus exemplaire.
Ses arguments sifflants et zébrants eurent leur effet sur la dame qui éprouva ainsi une forme de jouissance qu'on pourrait qualifier de malsaine mais enfin quand on meurt de faim, on ne va pas non plus cracher dans son fricot ; leur effet sur Khern qui fila doux en apparence. Cependant dès que sa maitresse avait le dos tourné, celui-ci revenait à ses pratiques instinctives de gars balourd un peu voyou, devenu malin pour survivre. Il trainait souvent sur le port de Geridna, reluquant les prostituées et se répandant en comportements grossiers qui étaient restés naturels chez lui. C'est là qu'il fit la connaissance d'Enlil qu'il s'amusa à terroriser dans un premier temps avant de lui révéler à sa manière frustrement désarmante, que tout rustre qu'il soit, lui aussi, comme tout un chacun, avait besoin de se confier auprès d'une présence amicale...

Enlil n'était pas une amie de tout repos, complexe et contradictoire, elle menait une affaire de coeur à rebondissements auprès de son maître qui l'affranchit, se fiança à elle et faillit partir la queue entre les jambes dans le sillage de sa "douce" cousine Rebecca, venue le chercher par la peau des ... tout ça en l'espace de la même semaine.
Il resta, mû par son premier ou dernier soubresaut de fierté, aidé largement par Khern qui passait par là et se fit un malin plaisir d'expédier l'odieuse cousine avec le non moins ignoble capitaine dans le même bateau.
Si Nadrian Keyn resta sur Kernarig, il disparu pourtant de la circulation rapidement après une tentative d'explication orageuse avec sa prétendue aimée, laquelle ne se gênant pas pour lui faire des commentaires désobligeants sur son comportement plus que douteux et moins que noble, et pourtant la noblesse comme il s'en targuait Nadrian mais comme chacun sait, c'est toujours le cordonnier le plus mal chaussé...

Entre temps, les attributs qualifiés de démoniaque par beaucoup, réapparurent chez Enlil, celle-ci n'ayant plus de potions pour en contrer les effets, elle dû s'y accoutumer, ce qu'elle fit d'ailleurs de bon gré, acceptant aussi les pulsions qui lui venaient et qui faisaient parties de la panoplie léguée par son père inconnu et révélée par l'île.

Khern et elle assouvirent des emportements charnels particulièrement intenses et originaux qui laissèrent le jeune homme un peu pantois... du sexe oui mais du sexe rudimentaire à sa portée.... leur amitié évolua donc en un attachement profondément sensuel, frôlant parfois la perversion sans jamais totalement y basculer dans une sorte de dignité et de réserve qui venait étonnement des deux côtés, chacun à sa manière. Puis voila qu'Enlil se mit en tête de faire libérer Khern, lequel était toujours maltraité avec un redoublement de rudesse, voir de vice par sa maitresse, laquelle avait eu vent, avec le nez qu'ont les frigides, des exploits amoureux du pauvre bougre.

Ces dames eurent une entrevue glacée et surréaliste pour la fin, quand Kara déballa avec une exaltation proche de l'extase pure et simple, sa mallette spéciale, achetée auprès de dame Murmure et contenant le dernier cri des jouets érotico/sado/masos, promettant avec force détails de s'en servir abondamment sur Khern. La réponse à l'offre de rachat pourtant honorable d'Enlil,elle y avait mis toutes ses économies, était négativement sans appel et pire, promettait des sanctions pas forcément savoureuses pour tout le monde...

Si Khern, curieusement, ne prit pas la situation au tragique, il en fut tout autre pour Enlil, déjà rongée par l'échec, la frustration et l'absence de Nadrian qu'elle ne pouvait véritablement oublier *thème musical des "Feux de l'Amour" en fondu enchainé*...
Elle conçut , aidée par sa transformation, un plan diabolique qui commença par l'étude en catamini des habitudes de dame Kara... lesquelles la menait par le sentier près de Géridna, à des heures où les braves gens dorment, pour épier les prostituées folâtrant avec leur clientèle.

Et voila qu'une nuit sans lune, tapie dans un buisson d'épineux qui rendait sa position bien inconfortable surtout compte tenu du spectacle classiquement affligeant qui s'offrait à sa vue, à savoir la grosse Berthe s'escrimant sur le membre pas exceptionnel d'un marin avec force bruits de succions peu ragoûtants en fond sonore, voila qu'un grognement différant sensiblement de ceux gutturaux du marin en pamoison, retentit tout proche de ses oreilles.
Kara sursaute et tourne la tête pour se trouver nez à muffle avec un ours énorme dont les yeux luisants ne laisse présager rien de bon.
Effectivement l'ours lève une patte énorme vers sa gorge et lui déchiquète le cou sans plus de cérémonie avant même qu'elle réalise et sente autre chose qu'une douleur un peu sourde et diffuse avec comme des pulsations chaudes qui s'emballent, libérant le fluide rouge vital au sol dans un flot saccadé et continu sur lequel elle penche bêtement ses yeux, les mains flasques.

Kara tombe comme au ralenti au sol tandis que sa vie s'échappant en bouillons, défile aussi en arrière dans son esprit figé dans la stupeur.
Elle sent qu'on lui prend la main et le visage de la jeune fiélone Enlil lui apparait dans son champ de vision déjà rétréci. Celle-ci la fixe de ses yeux attentifs ne cillant pas, resserrant la pression sur sa main déjà moribonde.
Il n'y a pas de révolte dans les yeux de Kara un peu vitreux, juste une acceptation de sa vie râtée, de son incompétence complète à trouver le bonheur en ne se contentant jamais de ce qu'elle avait , toujours désirant le plus, l'indésirable dès qu'il était atteint, provoquant le dégoût de soi et l'infinie lassitude des gens incapables de trouver leur véritable place dans l'éphémère existence ici-bas.
Son regard s'éclaire et redevient celui d'une enfant pure pourtant aux derniers instants, quand est venue l'heure de ne plus redouter le pire puisqu'il a déjà eu lieu et qu'il est temps de s'en remettre à l'espérance du néant rédempteur ou qui sait, d'une vie meilleure au delà de la mort.

Ainsi s'éteint dame Kara Fettiams, partie de rien et arrivée à rien...
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Ophrae
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MessageSujet: Re: l'Ile de la tentation   Mar Juil 21 2009, 18:56

Enlil penche la tête, observant l'empreinte de plus en plus marquée sur le haut de sa poitrine un peu au dessus du coeur. Les picotements si insolites s'étaient résorbés, laissant place à une sorte d'écho irrégulier, lui semblait-il, à ses propres pulsations cardiaques, comme une arythmie, un décalage un peu erratique.

Décalée... c'est le terme qui lui a semblé le mieux à même de traduire cette étrangeté qui est la sienne et qui fait qu'elle ne s'appartient pas tout à fait, comme elle n'est pas davantage aux autres, se nourrissant pourtant de leurs sentiments autant que de l'air, de l'eau ou des vivres solides.

Le regard est toujours un choix. Quand on choisit de regarder quelque chose ou quelqu'un, on nie forcément le reste. Si on nomme ce quelque chose, on le sépare du Tout qui devient reste et presque quantité négligeable alors ; on l'ancre dans la vie alors qu'il ne faisait qu'exister, se suffisant à lui-même, inconscient même de ses désirs propres ; se faisant , on le contrôle et on se l'annexe.

Il a fait pareil... mais il "lui" ou bien il "le médaillon"? peu importe, l'essentiel c'est qu'il l'a regardée et il l'a revendiquée et ce qui en découle c'est la plus éclatante des certitudes d'avoir vu le jour une seconde vraie fois alors que l'expulsion maternelle n'avait fait que l'échouer, boule de chairs, mettant en évidence son inutilité au monde, son incapacité à s'y conduire de façon admise.

Ses premières années, elle n'avait rien été et elle avait été tout. Le tout acceptant tout, sans penser, sans parler, sans bouger, cultivant la force de l'inertie à l'extrême. Posée, mais pas vivante puisque la vie n'est que refus, depuis le cri primal et qu'elle n'avait pas crié.
La vie lui était venue avec la restriction et le plaisir. L'un marchant avec l'autre,comme deux jambes indissociables. Plaisir inauguré sous la forme d'une coulée de miel dans sa bouche enfantine. Papilles et salive, naquirent sous le coup d'une jouissance sucrée sans bornes. Explosion du moi : je jouis donc je suis moi ! La volupté lui était montée à la tête, l'identifiant de manière irréversible, la sevrant d'un coup brutal de tout le total, le reste, l'informulé larvé.
La colère, la révolte étaient soeurs du refus. Elles la façonnèrent mieux que l'amour qui restait nébuleux, un peu à l'extérieur, soupçonné mais louche, pas admis.
Au fil des ans, la hiérarchie de ses émotions, entra en équilibre instable, négatives d'un côté et positives de l'autre, balance et partage si l'on se met à faire la somme de ce qui vous compose, bonheurs et malheurs plus ou moins prononcés selon ses propensions et ses aptitudes personnelles qu'il faut veiller à développer, parce que la léthargie tente toujours de vous ramener au végétatif contemplatif, matière première tirée du Tout Primordial, encore sans conscience puisque sans séparation.
Elle s'était développée pourtant, tenace, avide comme du chiendent, empathique, elle avait pallié sommairement à l'incomplétude en copiant, reproduisant, s'appropriant l'essence même des autres, leur forme, jusqu'à entrer en résonnance avec leurs pensées et sensations intimes, se faisant leur écho pour un moment avant de voltiger ailleurs parce rien ni personne n'avait la capacité de la satisfaire jamais.

Il l'a regardée, puis nommée et lui a parlé du "but".
La voie, le but ultime vers quoi doit tendre tout être, puisqu'il est censé justifier sa raison d'être et ses efforts perpétuels pour se dépasser, s'amenuisant à la suite de ses refus pour mieux se concentrer vers l'Objectif. Il a eu ces mots ou bien d'autres qui étaient presque identiques ; elle sait lire dans le silence qui enveloppe les mots ; lui délivrant ce message là "qu'il fallait qu'elle se hisse vers son propre but, que ce n'est qu'ainsi qu'il la reconnaitrait sienne, apte à l'aider à tendre plus haut vers son But à lui."
Mais vers quoi tendre quand on est dépourvu à la base de toute ambition éphémère et forcément étriquée ? qu'est-il donc cet étranger reconnu, de quoi est-il pétri, qu'est ce qui l'anime?
Est-ce que le But est comme une sorte de couvercle mortuaire posé sur la tête d'un qui deviendra défunt quoiqu'il se démène pour rester en vie? Dans ce cas, il conviendrait de rendre le But le plus inaccessible possible, se contentant de barreaux d'échelle, petit à petit, interminablement, tendant vers lui sans s'y hisser vraiment jamais puisque le faire signifierait la mort ?

Milles et une questions en sarabande sous son crâne, boîte- réceptacle de son être hérité auxquelles il ne donnera de réponses qu'avec parcimonie...Elle se fit la grâce d'une réponse, d'un moyen, d'un échelon, elle se dit "je vais lui plaire".

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